Anima Numericus

By Sophie Van Der Linden

Le développement, dans l’édition jeunesse, de livres dits « animés » ou « à système » a, ces dernières années, constitué un fait marquant de ce secteur. De plus en plus nombreux, ces livres à la fabrication exceptionnelle, suscitant l’admiration, sont aussi de plus en plus sophistiqués et diversifiés.

 

Les annonces quasi prophétiques prédisant la fin du livre papier depuis l’arrivée du livre numérique a sans doute joué pour beaucoup dans ce regain de la production. Se sentant menacés, les éditeurs traditionnels joueraient « sur leur terrain » et déploieraient ainsi les multiples atours du papier. Spectaculaires, regorgeant de surprises, il est vrai que ces livres remportent un vif succès auprès des lecteurs qui apprécient, dès le plus jeune âge, les virtuosités de l’ingénierie papier et l’ingéniosité des systèmes.

 

De même, l’album traditionnel accueille de plus en plus fréquemment des ressorts techniques empruntant au livre animé. On ne compte plus les pop-up surgissant d’un tranquille album narratif, ou bien les découpes inopinées au coeur d’un sage récit en deux dimensions. Pliages et déploiements, découpes et embossages viennent désormais s’ajouter à la gamme étendue des techniques de l’illustrateur.

 

Et comme toutes techniques, ces systèmes – qui ont toutefois la particularité d’être gérés lors de la phase d’impression – viennent en apport d’un propos, d’une expression, voire d’un récit et ne valent pas simplement pour eux-mêmes. C’est la grande différence entre le livre animé spectaculaire et l’album usant de systèmes.

 

Beaucoup des livres adressés aux tout-petits recourent notamment aux découpes. L’influence de Bruno Munari comme celle de Tana Hoban sont majeures en ce domaine. Qu’il s’agisse des superpositions dynamiques générées par les découpes de papiers colorés du premier, ou des jeux de focales offertes par les « fenêtres » ménagées au sein d’une succession de photographies pour la seconde, les créateurs contemporains n’ont de cesse de réinventer les apports de ces systèmes aussi simples qu’efficaces.

 

Par la manipulation qu’ils impliquent, par l’éducation au regard qu’ils suscitent, les systèmes qui intègrent l’album induisent un rapport au livre singulier. Le lecteur intervient, transforme, fait évoluer sa présentation en double page et interagit avec le livre. En soulevant un rabat, en observant un détail au travers d’une découpe, le jeune lecteur effectue un geste essentiel de transformation.

 

Et cette logique interactive nous ramène donc paradoxalement au livre numérique.

 

Au lieu de s’opposer aux écrans, on s’aperçoit que ces livres touchent en fait à des ressorts de lecture qui ont beaucoup plus en partage avec la pratique numérique qu’on ne l’imagine.

 

Le jeu, la surprise, l’émerveillement, sont autant de dynamiques aujourd’hui partagées entre livres numériques et papiers. Loin de s’opposer, ces différents supports se complètent et s’enrichissent, offrant à l’enfant une gamme étendue de découvertes, d’apprentissages et d’éblouissements.

© 2015 by The Children's book Factory

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