Le choix de la littérature

Par Sophie Van Der Linden

L’accès à la lecture est un chantier qui jamais ne sera achevé et l’illettrisme, l’éloignement de certains publics du livre, méritent le maintien de tous nos efforts. Mais c’est un chantier qui a largement progressé.

 

Ceux qui sont aujourd’hui grands-parents ont parfois connu des freins à leurs appétits de lecture (« c’est une perte de temps » leur disait-on), et les jeunes sont désormais confrontés à une injonction généralisée, émanant de l’ensemble de la société, du « il faut lire ». De nos jours, à de rares exceptions près, les parents sont massivement convaincus de l’enjeu de la lecture – quand bien même le sont-ils pour des raisons étroites ; la réussite scolaire. Les lieux de lecture se sont très largement développés ces dernières décennies, les livres pour la jeunesse ont fait leur entrée à l’école, et la question du plaisir de lire est largement partagée, même si elle est parfois dominée par ce qui s’apparente à un culte du divertissement.

 

Dès lors, peut-être est-il temps d’entreprendre un nouveau chantier, celui de la littérature. Et ce chantier est immense. À en croire les listes des meilleures ventes, on peut même douter de son existence. Contrairement au cinéma, à la bande dessinée, au roman, les œuvres d’auteurs sont plutôt rares dans les publications à succès de l’édition jeunesse. S’agissant de livres adressés aux jeunes lecteurs, la littéraire effraie encore. Parlez de « littérature pour la jeunesse » (et non de « livre jeunesse ») à un parent, et il vous toisera, horrifié que vous ayez la volonté de faire lire Victor Hugo à son enfant de 4 ans !

 

La littérature fait peur, parce qu’elle reste encore sacralisée. Mais aussi parce qu’on n’imagine pas que les enfants puissent y avoir accès. Élitiste, trop complexe, entend-on souvent reprocher à des albums  riches et aboutis. Et pourtant, qui a fait cette expérience de la littérature auprès des jeunes lecteurs sait que ces livres, certes, très élaborés, touchent infiniment les enfants, sensibles à leur esthétique ou à leur écriture envoûtantes. Plus encore, leur complexité offre un écho salutaire au monde dans lequel ils évoluent, pour eux nécessairement complexe.

 

Les inquiétudes des enfants sont immenses, aussi, la littérature est-elle le seul espace qui leur offre compréhension intime et ouverture sur le monde, qui les aide à comprendre leur devenir et à se construire. Quiconque possède un minimum de clairvoyance et d’honnêteté envers soi-même sait que l’enfance n’est pas ce territoire exempt de toute part d’ombre, comme on pourrait pourtant le croire à la lecture d’une part écrasante des livres pour la jeunesse.

 

C’est là que réside la force de la littérature, dans l’écho qu’il peut donner aux enfants lecteurs de leurs turpitudes, de leurs difficultés à se reconnaître dans l’image d’eux-mêmes, tronquée, que la société leur renvoie.

 

Parce que c’est un lieu d’interrogation et de beauté, les enfants ont un besoin vital de littérature. C’est une chance, la production regorge de ces albums de création qui sont autant d’exceptionnelles opportunités pour l’enfant de rencontrer des livres qui – et c’est aussi simple que cela –pourront le toucher.

© 2015 by The Children's book Factory

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