Picturebook, in one word and three pillars

By Sophie Van Der Linden

« A picturebook is text, illustrations, total design », tout juste quarante ans après son invention par Barbara Bader[1], la formule innovante, comme la conception qu’elle implique du livre ainsi désigné, restent peut-être encore à promouvoir...

 

Peu de locuteurs anglais font la différence entre « picture book » et « picturebook ». Pourtant, user d’un ou deux mots pour cette notion n’a rien d’un aléa orthographique. À la suite de Barbara Bader, bien des chercheurs ont en effet repris cette composition en un mot, afin de bien marquer un type d’ouvrage précis, celui qui associe étroitement le texte et l’image, qui en fait des instances indissociables, « interdependant » pour reprendre les termes de l’auteur américaine.

 

Pour ces chercheurs, un livre présentant un texte pré-existant, doté d’illustrations réalisées a posteriori, est ainsi de nature différente d’un livre dans lequel le texte et l’image sont interdépendants. J’ai pour ma part, assuré le chemin inverse en déterminant le terme « album illustré », afin de désigner des albums correspondant aux « picture books », tandis que le terme français « album » est le correspondant de l’anglais « picturebook ».

 

Ce qui peut sans doute apparaître comme une querelle terminologique bien subtile – voire tout à fait vaine – ne l’est pas tant que cela quand on se penche sur le fonctionnement interne de ces livres. Alors que les picture books font le plus souvent appel au travail d’un auteur et d’un illustrateur dont les contributions peuvent être dissociées aussi bien dans le temps que dans l’espace pour être réunies par l’éditeur au sein du livre, les picturebooks requièrent nécessairement la réalisation conjointe et complémentaire du texte et de l’image dans le cadre d’une création qui peut être commune à un auteur et à un illustrateur, ou bien (c’est le cas le plus fréquent) le fait d’un unique auteur-illustrateur.

 

Pour le lecteur, ce sont bien deux types de lectures qui sont convoquées. Lire un texte et ses illustrations ne revient en effet pas à la même activité cognitive que de lire un ensemble composé d’un texte et d’images interdépendants, dont le sens émerge de la mise en relation de l’un et de l’autre. Le picturebook est bien cet objet qui fait un tout.

 

C’est là que le « total design » de Barbara Bader prend tout son sens. Lorsque texte et image sont à ce point interdépendant, alors ils sont nécessairement composés sur le support livre. La matérialité du livre, son format, sa mise en page font également partie de l’expression globale du livre. Le picturebook est cet objet global, un tout cohérent, dont le texte et l’image ainsi que la dimension support sont rigoureusement indissociables.

 

Cet objet, qui est un véritable médium, support d’expression artistique à part entière, reste encore sans doute à valoriser en tant que tel. Si la recherche anglo-américaine a largement travaillé sur ce champ de l’édition, les pays européens, dont la production en ce secteur est très riche, créative et diversifiée, peinent encore à donner toute sa dimension théorique à une forme pourtant majeure de l’édition pour la jeunesse, dont se sont emparés tant d’artistes depuis le début du XXe siècle.

 

En ce domaine comme en d’autres, la bataille des termes est loin d’être anodine.

 

 

 

[1] Barbara Bader, Form Noah’s Ark to the Beast Within, New York ; Macmillan,1976

© 2015 by The Children's book Factory

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